Emmanuel Macron se fait avoir par Vladimir Poutine

“La folie, c’est faire la même chose encore et encore”, dit l’adage, “et s’attendre à des résultats différents”. Sinon, comment les efforts du président français Emmanuel Macron pour mettre fin à l’invasion russe de l’Ukraine en essayant constamment de renouer avec le dictateur russe Vladimir Poutine ?

Outre la confirmation du fait bien connu que Poutine est un acteur malveillant et de mauvaise foi, on ne peut pas apprendre grand-chose de nouveau de la transcription d’une conversation téléphonique entre Macron et Poutine, tenue quatre jours avant l’invasion. Le texte a été rendu public dans le cadre d’un documentaire télévisé autorisé par l’Élysée, dans l’espoir de peaufiner les références de Macron en tant que négociateur mondial.

Pourtant, ce n’est pas l’impression que l’on a du président français « jupitérien ». Poutine, qui a réprimandé Macron, fait rage à propos du “coup d’État” ukrainien de 2014 au cours duquel “des gens ont été brûlés vifs”. Plutôt que de défier les conneries, Macron assure à Poutine qu’il “le fait” [his] préférable de pousser les Ukrainiens et tente de l’inciter à rester à la table des négociations avec la perspective d’une rencontre en tête-à-tête avec le président Biden à Genève.

Une transcription d’une conversation entre Macron et Poutine qui a eu lieu quatre jours avant l’invasion a été publiée.
AFP via Getty Images

Le reste, comme on dit, appartient à l’histoire. Le casse-tête, cependant, était la volonté de Macron de parler à Poutine et d’être humilié par lui encore et encore, même après cette expérience sans doute infructueuse. Macron a même récemment évoqué une conversation de “cent heures” qu’il avait eue avec Poutine depuis décembre.

Dans quel but ?

La manière la plus charitable de comprendre la stratégie de Macron passe par la figure de son mentor, le philosophe Paul Ricœur, à qui il a emprunté son penchant pour la synthèse de vues et d’actions apparemment incompatibles.

Le propre mouvement politique de Macron, LREM, et sa candidature étaient un moyen de dépasser la gauche et la droite politiques. En 2017 et cette année, il a battu des candidats populistes à l’élection présidentielle, tout en étant lui-même un perturbateur populiste. Il veut un État qui protège les travailleurs tout en poussant, bien qu’avec des résultats mitigés, à la libéralisation des marchés du travail français rigides.

Vladimir Poutine
Poutine a passé la majeure partie de la conversation à fulminer sur le « coup d’État » de 2014 en Ukraine.
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Guerre d'Ukraine
La guerre en Ukraine nécessitera probablement un règlement politique.
PA

La philosophie du “en même temps” – “en même temps” – place la France dans la position d’un médiateur supposé impartial et fiable dans la guerre actuelle et d’un fournisseur majeur de matériel militaire à l’Ukraine. Tout comme Macron a posé les dangers d’« humilier la Russie » afin de « construire une rampe de sortie par des moyens diplomatiques », les obusiers Caesar fournis par la France ont fait une réelle différence dans les efforts de défense dans le Donbass.

Pourtant, un homme d’État ne doit pas s’aveugler sur la réalité par une théorie, aussi raffinée ou élégante soit-elle. Pour quiconque n’est pas amoureux de la philosophie continentale, il était clair que la première tentative de Macron de contacter Poutine par le biais du sommet de Versailles en 2017 était une impasse. Plutôt que d’apprendre d’une erreur précoce, le dirigeant français a insisté sur le fait que tout ce qui s’est passé dans la détérioration des relations de l’Occident avec la Russie était un clou prêt pour son marteau ricoeurien.

L’Europe de l’Est n’est pas une salle de séminaire à la Sorbonne. Il n’y a pas de moyen intelligent de “surmonter” une confrontation avec un tyran piégé dans sa propre vision du monde idéologique et essayant de ramener la mère Russie, longtemps humiliée par l’Occident, à sa place légitime en piétinant la liberté et l’autodétermination de son pays . voisins. Le seul langage que les intimidateurs comprennent est celui d’un pouvoir dur et sans compromis.

Oui, la guerre de la Russie contre l’Ukraine finira par prendre fin, et elle impliquera probablement un règlement politique, et peut-être même une poignée de main, avec Poutine. Ce que la philosophie de Macron ne comprend pas, c’est que le moment d’un tel règlement ne viendra qu’après que les contours de base de ce règlement auront été déterminés sur le champ de bataille.

Aujourd’hui, une et une seule considération doit guider l’action de la France, ainsi que celle des autres alliés occidentaux : mieux l’Ukraine fera dans la guerre actuelle, plus elle (et l’Occident collectif) sera forte à la table des négociations.

Dalibor Rohac est chercheur principal à l’American Enterprise Institute à Washington, DC. Twitter : @DaliborRohac.

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